Calamiti-Lily

Défouloir

Mercredi 10 février 2010 à 21:09

 

La fumée ça pique les yeux, chapitre 31
L’hiver, c’est toujours plus dur.
Ma maman elle se perd dans ses foulards, ses pulls et ses vestes pour se protéger du froid mais les microbes ils rentrent quand même, quelque part. Ses lèvres et ses ongles deviennent tout bleus, et pis elle grelotte sans arrêt.
A la maison, le chauffage est toujours à fond. Elle se ballade avec sa nuisette rose er juste son foulard enroulé autour de son cou. Je vois que la peau derrière ses genoux elle est aussi dure que celle de l’intérieur de ses bras. On dirait du carton.
Elle s’en fout de tout ça, ma maman.
Natacha lui fait boire toute la journée du jus de citron avec de l’eau bouillante et du miel, parce que sa grand-mère lui filait toujours ça quand elle chopait froid et qu’en tous cas elle n’en est pas morte.
Dehors, il fait tellement froid que quand je parle, je crache de la fumée toute blanche autour de moi, presque comme ma maman.
Le bout de son nez il devient tout rouge, à ma maman, quand elle reste dehors trop longtemps. Elle me jure qu’un jour il va tomber par terre tellement il est gelé, le pauvre. Ce serai dommage parce qu’il est drôlement joli, le nez de ma maman. Tout petit et un peu retroussé, comme s’il te tirait la langue, juste au milieu de son visage.
Elle tousse vachement, ma maman. Une toux toute desséchée et grasse en même temps, qui semble provenir directement de ses poumons.
Elle tousse en marchant dans la rue et les gens ils la regardent parce que ça la plie en deux, et que même des fois ça la fait vomir. Ma maman elle s’en fout, des gens. Il n’y a que moi.
Et moi je m’dit que c’est pas grave si elle tousse, ma maman, parce qu’elle a le plus joli nez du monde.
 
A   SUIVRE   …

 

 

Mardi 9 février 2010 à 20:28

fumée ça pique les yeux, chapitre 30

 

On est sortis faire un tour et l’air froid sent l’hiver à pleine narines. On voit bien que c’est noël parce qu’il ya toutes ces guirlandes qui donnent un air de fête à la ville. Les rues sont désertes, tout le monde est chez soi, en famille. Ma maman elle dit que c’est la rue, notre maison, et qu’on est notre propre famille.

On se balade sur le trottoir gelé en faisant des glissades sur les plaques de verglas. Natacha boit de la vodka à la bouteille. Ça lui réchauffe le cœur et après elle chante « il est né le Putain d’enfant… » en déchirant la nuit de sa petite voix claire.

Plus tard, je vois qu’elle pleure un peu dans les bras de Tonio qui lui parle doucement en espagnol, comme pour la  bercer.

Ils me jurent tous les trois que noël est de loin la fête la plus stupide qu’ils connaissent et pourtant ça ne les empêchent pas de me couvrir de cadeaux qu’ils déposent solennellement  au pied de notre sapin en plastique durant mon sommeil.

On s’arrête au petit parc. Natacha s’élance sur le tourniquet. Maman lui hurle qu’elle va vomir mais Natacha s’en fout, elle veut tourner de plus en plus vite en regardant les étoiles. Elle dis que ça fait comme des tourbillons de voies lactées et que c’est beau à en chialer. Elle rigole, elle rigole, et elle veut tourner encore et encore.

_ »Plus vite ! » Elle me crie.

On tourbillonne dans l’air glacé avec les étoiles.

Et puis elle descend. Elle tombe à quatre pattes et elle gerbe notre bûche glacée dans l’herbe. Maman accourt en l’engueulant, suivie de Tonio, mais Natacha va déjà beaucoup mieux. Elle se relève, boit une gorgée de vodka, pis elle nous dit que c’est juste cette glace au chocolat qui passait pas, et que de toutes façons, elle a toujours détesté les bûches de noël.  

Ma maman elle la regarde sans rien dire et je me demande un instant si elle ne va pas la gifler mais Tonio il éclate déjà de rire derrière elle et on se retrouve bientôt tous contaminés.

Il se met a neiger et ma maman elle dit que c’est magique de la neige la nuit de noël, et que sans doutes c’est un signe. On marche en tirant la langue pour choper tous ces flocons qui dégringolent du ciel, et ça nous vaut quelques interactions avec certains réverbères, murs ou trottoirs mal intentionnés.

On finit tout de même par retrouver le chemin de la maison. Il flotte encore dans l’air une chaude odeur de nos pâtes à la dinde de noël. On oubli aussitôt l’air glacial de la nuit et on se déshabille. On chahute un peu pis on fini par s’endormir, tous entremêlés sur le tapis du salon. Mon souffle devient régulier et je sombre dans le sommeil avec cette douceur des soirs où l’on sait qu’il fait froid dehors mais que l’on est envahis de chaleur.

Ils ont beau dire, noël c’est quand même un drôlement chouette fête.

 

A   SUIVRE…

Mardi 9 février 2010 à 18:01

La fumée ça pique les yeux, chapitre 29

 

J’ai froid, dans ce sale hôpital. Ici, c’est toujours l’hiver. L’infirmière elle a beau me répéter que dehors le soleil brille sur la peau des enfants qui se baignent dans les fontaines, moi je vois bien tout ce blanc qui me glace jusqu’aux os.

Chez ma maman, il fait toujours chaud. Elle laisse tout le temps le chauffage à fond pour qu’on puisse se balader à moitié nus dans tout l’appartement. Elle déteste tellement l’hiver qu’elle veut que chez nous, ça soit l’été toute la vie.

Mais à l’hôpital, c’est toujours l’hiver. Je comprends que ma maman elle déteste. C’est pire que l’odeur de médicaments, ça te prend carrément tout le corps, tout l’esprit, tout les yeux.

Elle à eu raison ma maman, de s’enfuir avant qu’il soit trop tard. Moi, c’est finit, l’hôpital m’a envahit tout entier, je peux plus lutter. Je ne m’enfuirais pas en déchirant mon T-shirt. D’ailleurs, je n’ai nulle part où aller, plus aucune place dans cette vie. En fait, je n’ai plus rien à faire ici.

Des fois, je crois qu’ils m’ont oublié dans cette chambre immaculée, mais ya toujours quelqu’un qui finit par tourner cette maudite clé dans la serrure rouillée dont le grincement sinistre me retourne le cœur et les tympans.

Au fond, je m’en fout, je ne les vois même plus, tous ces fantômes, je ne vois plus que ma maman

A   SUIVRE   ...

Lundi 8 février 2010 à 21:40

La fumée ça pique les yeux, chapitre 28

Ca fait trois jours qu’elle refuse de se lever.

Natacha et Tonio se relaient pour s’occuper de moi mais aussi surtout de maman.

Elle ne bouge pas, entortillée dans ses draps, brûlante de fièvre.

J’essaie de lui faire avaler un peu de yaourt à la vanille mais elle est prise de hauts-le-cœurs. Tonio la lève, elle est trop faible pour tenir debout. Il la traîne jusque dans la salle de bain et il lui maintien la tête pendant qu’elle vomit tout en l’engueulant en espagnol.

Après, il la porte jusqu’à son lit, à demi inconsciente, il la couche et on s’en va sans faire de bruit pour laisser maman se reposer.

C’est une période hyper moche. Ma maman reste toujours plongée dans l’obscurité à gémir de douleur. Je vois ses os qui sortent de sa poitrine, de ses côtes et de ses hanches.

Le docteur dit qu’il faut l’hospitaliser d’urgence. Elle pleure en répétant qu’elle veut pas y aller. Ils s’en foutent, elle est bien trop faible pour se débattre… Moi, Natacha et Tonio me retiennent pour pas que j’aille casser la gueule de ces sales ambulanciers de merde qui font rien que faire chialer ma maman. Ils me répètent que c’est pour son bien et que quand elle reviendra, elle sera guérie.

J’entends un pin-pon pin-pon qui se perd dans la nuit.

On reste un moment assis sur le tapis sans rien dire. Sans maman, c’est vachement vide la vie. Elle avait beau ne plus peser plus de quarante kilos et rester roulée en boule dans son lit toute la journée, maintenant qu’elle n’est plus là, on se sent tous vachement creux.

Tous les jours, après l’école, on va la voir à l’hôpital. Ça pue le médicament et la mort. Je déteste. Mais ça me fais vachement plaisir de voir l’état de ma maman s’améliorer. On lui amène des tas de magazines débiles mais pleins de photos très belles et de couleurs.

Elle nous demande de lui raconter la vie à la maison. Sans oublier un seul détail. Elle ne veut rien rater, exactement comme si elle était là.

Et pis elle m’écrit tous les jours. Ses lettres, tellement elles sont jolies, on dirait des poèmes. Je les déchiffre et les re-déchiffres tous les soirs, jusqu’à m’endormir. C’est comme si elle me racontait une histoire.

Un jour, sans prévenir personne, elle juge qu’elle est assez guérie alors elle se tire de l’hôpital et elle se pointe à l’appart. Tonio a ramené sa console et tous les deux on est en pleine course de voiture très serrée. Elle entre dans le salon, elle nous regarde, et pis elle dit juste :

_ »Après, c’est à moi de jouer. »

Nous, on lâche nos manettes et on saute dans ses bras. Elle nous explique qu’elle se sent beaucoup mieux, que les docteurs n’y connaissent Rien, et qu’on lui manquait trop.

Je vais dans la cage d’escalier et je crie : »Natacha ! Maman est rentrée ! »

Elle dévale les escaliers, avec juste un débardeur et le caleçon de son chéri. Elle aussi saute au cou de maman et la couvre de bisous.

_ »Ils t’ont laissé partir ? » elle lui demande

_ »Pas vraiment… » Elle répond, ma maman. Elle nous explique à grand renfort de gestes et de bruitages comment elle a détournée l’attention du gardien pendant la promenade et qu’elle s’est planquée dans un buisson en attendant la tombée de la nuit. « Ya des connasses de fourmis qu’essayaient de m’croquer ! »elle nous raconte. Ensuite, elle a escaladé la grille et elle a déchiré son T-shirt en sautant. « Je me suis dis : Tu t’en bats les couilles. Et je suis partie en courant comme une tarée. C’était comique. » Elle nous dit encore.

Natacha est morte de rire, et Tonio la regarde en fronçant les sourcils, mi-fâché, mi-amusé.

Moi, je m’en fout, je la serre très fort dans mes bras. Elle sent encore un peu l’hôpital mais je suis drôlement content qu’elle soit revenue, ma maman. Plus rien d’autre n’a d’importance.

A   SUIVRE   ...

Lundi 18 janvier 2010 à 17:24

 

http://calamiti-lily.cowblog.fr/images/BnKJr0BIiX.jpgLa fumée ça pique les yeux, chapitre 27
 
Le jour où je suis né, le médecin il avait beau me mettre à l’envers et me filer des claques sur le cul, ya pas eu moyen que je pleure.
Alors, ils ont été obligés de me mettre sous assistance respiratoire pour ouvrir mes poumons. Ma maman elle a eu drôlement peur qu’ils n’arrivent pas à me sauver. Elle a pleuré à ma place jusqu’à ce que mon corps accepte la vie et qu’on me mette dans ses bras. Ca a été long parce qu’ils ont d’abord voulut me mettre en couveuse, sous observation, et me faire tout un tas d’examens. Elle pleurait et pleurait, suppliant qu’on me rende à elle, qu’on lui dise si j’allais bien, et de quelle couleur étaient mes yeux, le tout entrecoupé de sanglots déchirants
 
A mon contact, elle s’est apaisée et s’est endormie en m’enveloppant de son Amour.
Depuis je respire et je vis, et parce que ma maman elle ne sait pas du tout ce qu’elle deviendrait si je n’étais pas là, surtout que je suis le seul qui arrive à lui démêler les cheveux sans lui faire mal.

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