Calamiti-Lily

Défouloir

Dimanche 17 janvier 2010 à 12:11

La fumée ça pique les yeux, chapitre 26

Ma maman, elle a les yeux tout bleus.

Tellement bleus que dedans il doit y avoir au moins le ciel et la mer, et pis aussi un autre truc comme le paradis si ça existe mais sinon je vois pas.

Ya des moments, ses yeux sont tellement et tellement bleus que tout l’éblouie. Ses pupilles sont complètement noyées dans un océan azur. Alors ma maman elle ne parle plus. Elle regarde le monde en l’inondant de bleu.

Et pis des fois, ma maman elle a les yeux tout noirs. Il reste juste un tout petit cercle autour de ses pupilles où tout le bleu semble s’être concentré. Alors le monde entier devient noir lui aussi et il rentre dans les yeux de ma maman et ça lui fait drôlement mal. Son visage n’a plus d’expression que l’angoisse et le désespoir.

Quand ça va vraiment pas fort, ma maman elle dissimule ses yeux derrière ses petites lunettes de soleil. Elle les garde même la nuit parce qu’elle dit qu’elle veut plus jamais voir la lumière du jour, et qu’on ne sait jamais quand il va se lever, ce sale traitre.

Moi, mes yeux, ils sont marrons.

Et même quand je regarde le soleil bien en face ça me fait même pas mal.

_ » Yeux marrons, yeux d’cochon! » il m’a dit, ce sale petit blond aux yeux bleus de Lucas. Je lui ai juré que je lui en mettrait un, de marron, dans sa sale petite gueule, s’il ne la fermait pas tout de suite.

Ma maman elle dit que mon regard il est encore plus fort qu’un expresso italien, mais moi je sais bien que si j’avais eu les yeux bleus, je me serais envolé avec elle bien plus haut que les mouettes.
Mais j’ai les yeux stupidement marrons. Des yeux qui savent même pas pleurer, sauf pour le coup de hot-dogs moutarde mais ça compte pas. Sur que si j’avais eu les yeux clairs, j’aurais pas vu le monde pareil./

Natacha elle dit que j’ai les yeux de mon papa. Moi je me dis qu’en tous cas, Tonio il a les yeux aussi sombres que moi. Sûrement que c’est pour ça que c’est lui, mon papa de cœur.

 

A SUIVRE …

Samedi 16 janvier 2010 à 11:25

La fumée  ça pique les yeux, chapitre 24
C'est comme si on était jamais partis. Ma maman elle a retrouvé son tein pâle et ses cernes obscurs. Elle est de nouveau tout le temps malade. Elle a mal à la gorge, à la tête, elle vomit  et elle se mouche tout le temps. Elle prend des tas de médicaments mais c'est pire. Ses hanches et ses fesses qui avaient réussis à s'arrondir un peu durant cet été ont déjà complétement fondues. Quand ya du vent, j'ai toujours l'impression qu'elle va s'envoler, ma maman.
Des fois on se rappelle nos vacances. Alors je vois la mer qu'est restée incrustée dans les yeux de ma maman.
Et puis il y a notre maison sur les falaises, et la poulie de Willy-le-borgne, et la dent de requin de Kenny autour de mon cou.Je la serre fort dans mon poing en m'endormant et après je fais des rêves pleins de soleil, de sable, de mer et de trésors.

Tonio et Natacha se sont fait largués par leur amoureux respetif.
Ils pleurent dans les bras l'un de l'autre en jurant que l'amour c'est de la merde. maman leur sert du gin et leur explique que l'amour, c'est rien que dans les livres et à la télévision, mais que dans la vraie vie ça existe pas.
Ils ont beau dire, je sais bien qu'ils n'en croient pas un mot. Natacha elle a tellement besoin d'amour qu'elle se retrouve toujpours avec dix fois trop de chéris.
Moi je m'en fout parce que son fiancé, c'est moi. Elle m'a juré qu'elle n'en épouserait juamais un autre que moi. Quand on sera marié, elle aura le droit d'avoir tous les amoureux qu'elle veut, à condition qu'ils ne la fassent jamais pleurer.

_"La vie est con." elle dit, ma maman. "Et la connerie, c'est pire que la méchanceté."

Vendredi 15 janvier 2010 à 16:24

Lahttp://calamiti-lily.cowblog.fr/images/hugo.jpglLLa fumée ça pique les yeux, chapitre 23eur infecteJ
J'ai vomit leur infecte crème à la vanille. Bien fait pour eux, ils n'avaient qu'à pas me forçer à l'avaler. Je les hais.
Les infirmières, elles me parlent presque plus. Elles savent plus quoi faire de moi, je crois. Je voudrais leur expliquer qu'il n'y a plus Rien à faire mais je suis pas sur qu'elles comprendraient. Elles seraient tellement heureuses de m'avoir fait ouvrir la bouche qu'elles en profiteraient pour me faire ingurgiter une deuxième crème dessert. Moi je m'en fout, je la gerberais aussi.

J'ai même pas besoin de me forcer, mon corps refuse de lui même la nourriture, la vie.



                               A   suivre   ....    
  

Jeudi 14 janvier 2010 à 13:48

La fumée ça pique les yeux, chapitre 22

Un jour, pourtant, il faut bien repartir.

On regarde une dernière fois la mer, très longtemps, pieds nus dans le sable. Le soleil se couche lentement dans l'eau et Kenny m'offre son collier, celui avec la dent de requin.

Je la met autour de mon cou et ça me console un peu. Ma maman elle m'enlace doucement et elle me promet que quand on sera riches, on s'achétera une grande maison sur les falaises et qu'on habitera ici toute la vie.

Ce sera drôlement chouette.

Sur le chemin du retour, personne ne chante dans le camion de Tonio. Ils ont mis de la musique toute triste et ma maman, elle a beau dire que c'est juste le courant d'air des vitres qui lui nique les yeux, je vois bien qu'elle s'est remise à pleurer.

Tout est drôlement moche. Je dors presque tout le trajet.

On arrive à la maison le lendemain soir. On défait nos valises et moi je prépare mon cartable pour l'école, demain.

Une foi en pyjamas on se rend compte qu'on a oublié de manger. J'ai un peu faim alors ma maman elle m'ouvre une boite de raviolis. Je mange et elle, elle fume une cigarette. Je la vois qui cherche ses médicaments. Elle prend juste un cachet avec un verre de rhum.

Après on s'affale sur le canapé, devant la télé, complétement épuisés. Ma maman elle regarde stoïquement un film américain à la con, mais moi je sais bien que pour elle, la vie de merde recommence.

 

 

A SUIVRE ...

Jeudi 14 janvier 2010 à 12:05

http://calamiti-lily.cowblog.fr/images/mouettes.jpgLa fumée ça pique les yeux, chapitre 21

Le jour se lève doucement sur nos vacances. Je marche en tenant la main de Natacha et on parle de la lune et du soleil qui se croisent chaque jour sans se voir.

Devant il y a maman, soutenue par Tonio et Kenny, un de chaque côté. Elle s 'appuie sur leurs épaules et elle replie les jambes pour faire des bons de géant. Ils avancent laborieusement en suivant une trajectoire un peu vacillante. C'est sur, ils sont tout le temps pliés en deux de rire.

Tout en marchant, maman dégeule des filets de mister freeze multicolores. Tout le monde s'en fout, à commencer par elle. Elle crache sur le sol des gerbes d'arc-en-ciel et pis elle se laisse porter par Tonio et Kenny pour avoir l'impression de voler encore plus haut que les mouettes dont les cris déchirent notre sommeil au petit matin.

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